Véronique Bourgoin
Undelivered Message 1010 – Under a Gilded Sky, 2014 / 2020
Vidéo 4k
2 min 51 sec
Édition de 3
Réalisation : Véronique Bourgoin
Performance : The Hole Garden (Dana)
Montage : Réalisé pendant le confinement, entre mars et mai 2020
Effets spéciaux : Jérôme Lefdup
Composition musicale : Jeanne Susin
© Véronique Bourgoin, Death Valley, 2014 – Montreuil, 2020
Un poids se glisse au fond de l’air
S’enlise dans la brèche familière
Son écho foudroyé par l’éclair
Hurle et mord la chair amère
Liquéfiée sur les hémisphères
Foulés par la divine cavalière
De sa croupe plantée dans le sable
Elle grave la ligne désirable
Bercée par l’exquise révolte
De son antidote.
Ce film appartient à la série « Undelivered Message », composée de 7 films conçus sous la forme de tableaux scéniques. Les images ont été tournées en 2014 lors d’un road trip à travers Los Angeles, la Vallée de la Mort (Nevada), le parc national de Sequoia et la Highway 1.
Véronique Bourgoin est une artiste plasticienne, née à Marseille (France).
Elle vit et travaille entre Montreuil, Marseille, France et Albisola, Italie.
Elle est diplômée des Beaux-Arts de Paris en 1991.
Elle reçoit la distinction de « Chevalière de l’Ordre des Arts et des Lettres » en 2023.
La pratique de Véronique Bourgoin se construit le plus souvent à partir d’une série d’expérimentations du support photographique avant de se prolonger dans une multiplicité de medium tels que la céramique, l’édition, le dessin, la peinture, ou encore la vidéo et l’installation. Le caractère expérimental de sa pratique se déploie autant par la manipulation d’éléments physiques, chimiques que psychiques, mettant en lumière les effets transformationnels de la vision et de l’imagination et en particulier les effets spectaculaires dans des contextes contre spectaculaires où s’enchevêtrent intime et simulacre. Inspirée autant par ses origines, son quotidien, que par des contingences politiques, technologiques ou historiques, Véronique Bourgoin examine la construction de « paradis contemporains » déployée à partir d’une trame de questionnements récurrents sur la matérialité, le corps, le vivant, l’identité et ses modes de représentations face au conflits de notre époque.
L’artiste développe très tôt un réseau international de collaborations avec de nombreux artistes. Ces collaborations se concrétisent et se multiplient dans le cadre de l’Atelier Reflexe (1995-2016) école expérimentale de photographie créée avec Juli Susin, ainsi que dans un projet initié avec Susin à partir de 1989, dont le modus operandi est la création de livres d’artiste. Ce projet se développe dès les années 2000 en une plateforme internationale de collaborations autour du livre d’artiste, plus récemment connue sous le nom de Royal Book Lodge. En 2005, Bourgoin crée The Hole Garden, une identité collective réunissant des amies, et à l’origine d’actions performatives, de films et de séries de photographies.
Véronique Bourgoin à participé à de nombreuses expositions dans des institutions et festivals internationaux tels que Bibliothèque nationale de France (2023-24) ; Fotohof, Salzbourg (2000, 2004, 2007, 2015, 2021-22) ; Performa, New Museum, New-York (2019) ; Photo Festival Landskrona, Suède (2013) ; Fotomuseum, Rotterdam (2013) ; Tütün Deposu Ek bina, Istanbul (2011) ; Caochangdi Photospring Festival, Chine (2010) ; LA Art Center, Los Angeles (2009) ; Musée d’Art Moderne de Saint Paulo, Bresil (2009) ; El Laboratorio Arte Alameda de Mexico (2005) ; Maison d’Arts Bernard Anthonioz, Paris (2006-07) ; Biennale de la photographie de Thessalonique, Grèce (2010) ; Oscar Niemeyer Museum, Curitiba Biennial, Brésil (2013).
Royal Book Lodge (RBL) est né d’une collaboration entre les artistes Juli Susin et Véronique Bourgoin, entre Paris et Berlin, à la fin des années 1980. Depuis 2000, cette initiative bénéficie du soutien de leur ami Yasha Gofman. Son mode opératoire repose sur la création de livres favorisant le dialogue entre artistes et synthétisant des expérimentations menées à travers divers médiums — peinture, sculpture, photographie, cinéma, installation, céramique, écriture.
Le catalogue de Royal Book Lodge recense plus de quarante livres d’artistes, réalisés sur une période de trente ans. Souvent édités en tirages limités et dotés d’une conception soignée, ces ouvrages — produits en étroite collaboration avec l’artiste — font appel à des techniques d’impression exigeantes. Ils proposent une mise en scène innovante d’images, de textes et parfois d’objets, créant ainsi des formes hybrides à la croisée du livre, de la sculpture et de l’artefact.
Sous l’apparence classique propre à la bibliophilie se cache une démarche à contre-courant : les reliures luxueuses servent en réalité de camouflage à la diffusion de contenus subversifs ou illicites. Ce concept s’inspire de la culture du *samizdat* et de l’improvisation, tout en cultivant des rapports paradoxaux entre temps et histoire, en projetant des mondes parallèles issus de l’imaginaire et en recourant à des tactiques de détournement : usage d’alter ego, de doubles, de fictions élaborées et de changements de nom (CNE, Prager Kreis, Fabrique des Illusions, Silverbridge, Magnet River).
Le nom « Royal Book Lodge » lui-même transpose la notion singulièrement métaphorique de « royal » — longtemps associée aux cultures de la rue et du rock, où elle servait de signe de ralliement subversif évoquant souveraineté et magnificence — au médium du livre. Ce dernier se trouve ainsi élevé, « royalement » en quelque sorte, au rang des autres disciplines artistiques. Quant au terme « Lodge », il renvoie avant tout à l’idée d’un vaste atelier communautaire régi — pour autant qu’il le soit — par ses propres lois spatiales et temporelles, à l’instar de celles qui ont émergé au sein de la culture *underground*, de la science-fiction et des avant-gardes historiques ou néo-avant-gardes, telles que l’Internationale situationniste ou le mouvement de l’art conceptuel de Los Angeles. Les fondements éditoriaux de Royal Book Lodge — inspirés par les éditions Black Sun créées par Caresse et Harry Crosby dans les années 1920 — se sont développés à Paris depuis le début des années 1990, en s’appuyant sur le savoir-faire de grands artisans du livre tels qu’Arte, imprimerie fondée par Aimé Maeght en 1932.
Si Montreuil, en périphérie de Paris — lieu de rencontre de diverses communautés africaines, portugaises et d’Europe de l’Est — a vu naître ces collaborations, les activités de RBL se sont étendues à des projets de plus grande envergure. Depuis plus de trente ans, elles ont tissé un réseau poreux mais d’une agilité singulière, réunissant des artistes venus de France, d’Allemagne, d’Europe de l’Est, des États-Unis, d’Islande, du Paraguay, du Mali et d’ailleurs.
Royal Book Lodge a fait de l’édition un processus collaboratif qui transcende la réalité physique du livre pour engendrer des correspondances inattendues et surprenantes. Ces dernières explorent des questions ancrées dans les constructions contemporaines liées à la « matérialité » et à la dissolution, aux structures autobiographiques et aux codages mythologiques, à la fiction et à la réalité, à l’humain et à l’inhumain, ainsi qu’à la violence et au potentiel de l’art en tant que trousse de premiers secours pharmacologique.
À la fois étude et ouvrage de référence, le premier livre consacré à Royal Book Lodge par le célèbre historien de l’art John C. Welchman a été publié par Hatje Cantz à l’automne 2023 ; il examine pour la première fois la contribution de RBL à un vaste champ de pratiques artistiques.
