Katherinne Fiedler
Guardianes, 2024
Vidéo installation 3 canaux
11 min 28 sec
Edition de 3
Courtesy de l’artiste et mueve galeria
Au kilomètre 31 de l’ancienne route panaméricaine, dans la vallée de Lurín (Lima, Pérou), a été érigé le plus grand musée d’Amérique latine : le Museo Nacional del Perú (MUNA). Ce projet concrétise une aspiration républicaine de longue date : rassembler le patrimoine culturel du Pérou en un lieu unique. Trois ans après son ouverture (cinq ans aujourd’hui), le MUNA demeure largement silencieux, témoignant de la fragilité des politiques culturelles de l’État péruvien.
Les *Gardiens* de Katherinne Fiedler nous invite à réfléchir aux ambitions et aux contradictions qui sous-tendent l’architecture impressionnante du MUNA. Dans cette installation vidéo à trois canaux, les plans s’entremêlent pour former des assemblages continus, créant un environnement immersif où les images reconfigurent sans cesse l’espace architectural. Elles nous guident à travers des couloirs infinis, des halls désertés et des structures imposantes, révélant comment le bâtiment domine le paysage désertique environnant tout en y succombant.
La traversée de cet espace muséal, fait de béton et de sable — dépourvu de collections comme de visiteurs — se joue en contrepoint de la présence de ses seuls habitants spontanés : les chiens. Profondément ancrés dans l’iconographie et la mythologie précolombiennes, ces animaux évoquent un lien ancestral avec l’humain tout en renforçant la relation entre passé et présent. Les images de chiens errant dans les espaces vides du MUNA créent un effet panoptique qui accentue les notions de protection et de refuge. Ils parcourent le musée telles des métaphores vivantes de l’identité culturelle péruvienne, toujours imprégnée d’un imaginaire lié aux objets et au travail des archéologues.
*Guardianes* explore le désert péruvien comme un espace de promesses et de conflits, où se heurtent préservation du patrimoine, nature et expansion démographique.
José Carlos Mariátegui.
Cette œuvre a été exposée au MAC (Museo de Arte Contemporáneo) de Lima en 2024 et à la Triennale d’architecture de Lisbonne en 2025.
Katherinne Fiedler vit et travaille entre Lima, Madrid et Paris. Sa pratique traverse les champs de la sculpture, de l’installation et de l’image en mouvement. Elle aborde le paysage comme une entité produite plutôt que représentée.
Elle travaille la céramique, le textile, les fossiles et les coquillages, souvent en confrontation avec des matériaux industriels ou synthétiques. Ces matériaux ne sont pas cloisonnés par catégories ; ils coexistent dans un même espace et témoignent de différents états de transformation.
Son travail se construit à travers des processus de déplacement et de recomposition. Les formes ne se figent pas en images arrêtées ; elles demeurent en transition, conservant les traces de leur extraction et de leur usage. La distinction entre nature et culture n’est pas considérée comme une évidence, mais est mise à l’épreuve par chaque décision liée aux matériaux.
Elle a étudié les beaux-arts à l’Université de Barcelone.
Son travail a été présenté en Amérique latine et en Europe, notamment au MAAT dans le cadre de la 7e Triennale d’architecture de Lisbonne et au Museo de Arte Contemporáneo de Lima (MAC), où elle a exposé *Guardianes* (sous le commissariat de José Carlos Mariátegui). Elle a effectué des résidences à la Casa de Velázquez (Madrid), chez FLORA ars+natura (Bogota), à LARA Panamá, chez Utopiana (Suisse), à Hawapi (Pérou) et à Bilbaoarte (Bilbao).
Elle a reçu la bourse Leonardo de la Fondation BBVA pour les créateurs et chercheurs (2023), le prix CIFO pour les artistes émergents (2017) ainsi que la bourse « Europe Moves » du Goethe-Institut.
Parmi ses récentes expositions personnelles, citons *Guardianes* (MAC Lima), *Lo inmenso y lo pequeño* (Galería del Paseo, 2022), *El futuro de la memoria* (Galería del Paseo, 2019) et *Ficción variable* (La Galería, 2015). Elle a également participé à des expositions collectives telles que la 7e Triennale d’architecture de Lisbonne (MAAT), *Negar el desierto* (MAC Lima, 2021) et *No Black, No White* (CIFO, Miami, 2017).
mueve (galería) est un projet d’art contemporain basé à Lima qui fonctionne selon une structure flexible, associant un noyau permanent à des expositions itinérantes à travers la ville et d’autres régions du Pérou. Fondée par Marianelli Neumann et Tadeo Bellatin Elmore, la galerie développe des expositions, des initiatives de recherche et des collaborations reliant des artistes du Pérou et d’Amérique latine à des réseaux curatoriaux et institutionnels internationaux.
Plutôt que de partir d’une conception figée de ce que devrait être une galerie, mueve (galería) se définit comme un projet en mouvement. Sa structure s’inscrit dans une transformation plus large de l’écosystème de l’art contemporain, où les modèles traditionnels de galeries sont de plus en plus remis en question. Dans ce contexte, le projet ne cherche pas à imposer un cadre prédéfini, mais à être à l’écoute — des artistes, des commissaires, des chercheurs et du public — et à s’interroger sur ce que signifie ouvrir et pérenniser un espace d’art contemporain aujourd’hui, en particulier au regard des conditions historiques et géographiques du Pérou.
Cette démarche implique une réflexion constante : sur la nature actuelle ou future d’une galerie, sur la manière dont les pratiques artistiques circulent et prennent forme dans des contextes variés, et sur la signification de l’art contemporain dans un pays marqué par une diversité de traditions culturelles, des structures institutionnelles inégales et des récits historiques complexes.
La galerie collabore avec des artistes émergents et à mi-carrière dont les pratiques interrogent de manière critique les conditions sociales, historiques et écologiques du présent. Une attention particulière est portée aux démarches qui élargissent les récits établis de l’art latino-américain, notamment celles façonnées par les cosmologies amazoniennes, les systèmes de savoirs vernaculaires et l’expérimentation matérielle. À travers des expositions, des publications et des projets de recherche, mueve cherche à inscrire ces pratiques dans des dialogues internationaux plus vastes.
